REPORTAGE. « On ne prend pas dans un ruisseau, on ne dévie pas une rivière… » : dans le Calvados, un producteur de pommes installe une retenue d’eau pour son verger

REPORTAGE. "On ne prend pas dans un ruisseau, on ne dévie pas une rivière..." : dans le Calvados, un producteur de pommes installe une retenue d'eau pour son verger

Dans une petite clairière du Calvados, un producteur de pommes transforme une cuvette en solution contre la sécheresse. Le projet illustre à la fois l’urgence agricole et les nouvelles options pour stocker l’eau sans puiser dans les nappes.

Un projet concret à Pierrefitte-en-Cinglais

Samuel Courvallet, 54 ans, exploite un verger de pommes à cidre au sud de Caen. Sur sa parcelle, une dépression naturelle concentre les eaux de ruissellement de la colline. Plutôt que de laisser ces eaux filer, il choisit de les capter.

La retenue qu’il construit pourra contenir 40 000 mètres cubes. Elle alimentera un réseau de tuyaux pour arroser, en goutte-à-goutte, les milliers de pommiers répartis sur 70 hectares. L’objectif est simple : garantir de l’eau aux arbres lors des étés de plus en plus chauds.

Pourquoi ce type d’ouvrage se développe

Le gouvernement met en avant un projet de loi d’urgence agricole débattu à l’Assemblée nationale à partir du 19 mai 2026. Le texte comprend 23 articles et vise notamment à sécuriser l’accès à l’eau pour l’agriculture. Vous entendrez souvent parler du terme stockage d’eau dans ce contexte.

Concrètement, l’État finance plus de la moitié du chantier de Samuel. Cette année, le fonds hydraulique agricole atteint 60 millions d’euros, soit trois fois le montant de l’année précédente. Les pouvoirs publics souhaitent multiplier ces équipements là où la topographie et les conditions hydrologiques le permettent.

Avantages pour le verger et le village

Pour l’exploitant, les bénéfices sont double : production et santé des arbres. Un pommier moins stressé par la sécheresse tombe moins malade et produit des fruits de calibre supérieur. Vous pouvez imaginer la différence : des pommes plus grosses, moins d’irritations, moins de pertes.

Autre point souvent négligé : ces retenues récupèrent des eaux de ruissellement et peuvent réduire le risque d’inondation en aval. Samuel le rappelle avec pragmatisme : on capte ce qui arrive naturellement dans la cuvette, sans détourner de cours d’eau ni pomper les nappes phréatiques.

Une alternative aux « mégabassines »

Ce projet local se distingue des travaux controversés connus sous le nom de mégabassines, tels que celle de Sainte-Soline, qui puisent dans les nappes par pompage. Ici, il n’y a ni prélèvement direct dans les rivières, ni remise en cause des grandes ressources souterraines.

Dans la commune de 250 habitants, l’installation de Samuel ne suscite pas de recours. La différence tient à la source de l’eau et à la manière de la stocker. C’est un détail technique, mais il change la perception et le niveau d’opposition.

Le climat comme moteur du changement

Le constat du producteur est net. Les étés ont changé de profil. Là où autrefois deux journées à 30°C suffisaient à marquer la saison, les vagues de chaleur s’allongent et atteignent fréquemment 35°C pendant de nombreux jours. Ces changements poussent les agriculteurs à repenser leurs pratiques.

Vous sentez l’urgence : il ne s’agit plus seulement d’adapter les calendriers de travail. Il faut investir dans des infrastructures. La facture ? Plusieurs centaines de milliers d’euros pour cette retenue. Sans l’aide publique, beaucoup d’exploitations ne pourraient pas assumer ce coût.

Que retenir pour l’avenir ?

Les retenues de surface, quand elles sont pensées pour récolter le ruissellement, offrent une piste pragmatique face à la sécheresse. Elles préservent les nappes et peuvent améliorer la résilience des exploitations.

Cependant, chaque projet doit être étudié localement : hydrologie, impact écologique, acceptation des riverains. Vous pouvez donc attendre, au fil des prochains mois, plus de chantiers semblables, mais aussi plus de débats publics. La question reste politique et technique à la fois.

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Auteur/autrice

  • Je suis cheffe cuisinière spécialisée en cuisine créole réunionnaise depuis plus de quinze ans. Formée en hôtellerie-restauration puis passée par plusieurs tables bistronomiques à Saint-Denis et ancien chef pâtissier au Ritz lors d’une saison parisienne, j’ai affiné mon approche des produits tropicaux. Ma spécialité est l’association des épices réunionnaises avec des techniques contemporaines pour sublimer carri, rougails et douceurs locales. Je partage ici mon expérience du terrain, mes rencontres avec producteurs et artisans de l’île et mes analyses d’actualités gourmandes pour aider chacun à mieux connaître et cuisiner la gastronomie réunionnaise.

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