Cadmium : une sous-concentration dans les céréales et pommes de terre, des apports de P2O5 en nette chute

Cadmium : une sous-concentration dans les céréales et pommes de terre, des apports de P2O5 en nette chute

Le cadmium vous inquiète? C’est compréhensible. D’un côté, les analyses montrent des teneurs faibles dans le blé et la pomme de terre. De l’autre, l’Anses alerte sur des dépassements de la dose tolérable chez de nombreux enfants. Voici ce qu’il faut retenir, simplement et sans jargon.

Des céréales et pommes de terre plutôt rassurantes

Les suivis menés depuis plus de quinze ans montrent que les récoltes françaises respectent les limites réglementaires. Pour le blé tendre, la teneur moyenne observée dans le grain tourne autour de 0,033 mg/kg. C’est plus de trois fois moins que la valeur limite fixée pour l’alimentation humaine.

Le blé dur respecte aussi le seuil réglementaire de 0,18 mg/kg. Mieux encore, les teneurs ont chuté presque de moitié depuis 2010. Les chercheurs expliquent que la sélection variétale y est pour beaucoup.

Quant à la pomme de terre, les mesures annuelles affichent une valeur moyenne de 0,026 mg/kg. Elles restent stables depuis quinze ans et elles sont elles aussi largement inférieures aux limites.

Pourtant l’alimentation reste la voie principale d’exposition

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) rappelle que, chez les non-fumeurs, l’alimentation est la source dominante d’exposition au cadmium. Ses dernières expertises montrent des chiffres qui interpellent.

La dose journalière tolérable est dépassée chez 36 % des enfants de moins de trois ans. Chez les 3–17 ans, 23 à 27 % dépassent la dose, contre 14 % en 2011. Chez les adultes, la part concernée est plus faible mais en hausse par rapport à 2011 (1,4–1,7 % contre 0,6 %).

L’Anses insiste : si l’exposition actuelle se maintient sans mesures, des effets sanitaires à long terme deviennent probables pour une part croissante de la population.

Pourquoi les apports de P2O5 ont-ils fortement diminué?

Une baisse majeure a eu lieu ces dernières décennies. Selon France Fertilisants, les livraisons d’engrais phosphatés ont reculé de 67 % en 25 ans. Moins d’engrais phosphatés entraîne en général moins d’apport de cadmium sur les sols.

Sur le blé tendre, la part des parcelles n’ayant reçu aucun apport phosphaté dans l’année est passée à 62 % en 2021. Depuis 1994, cette part a augmenté de 33 %. Sur les parcelles qui reçoivent des apports, la dose moyenne a diminué de 35 %.

Pour le blé dur, la part des parcelles sans apport a augmenté d’environ 20 % et représente désormais 45 % des surfaces. La dose apportée sur les parcelles recevant des engrais a chuté de 38 %.

La pomme de terre évolue moins vite. Cette culture reste exigeante en phosphore. Le pourcentage de parcelles sans apport est passé de 28 % en 2006 à 32 % en 2021 et la dose a baissé d’environ 5 %.

La sélection génétique et d’autres leviers agronomiques

La sélection variétale se révèle un levier puissant. Pour le blé dur, la majorité des surfaces françaises sont aujourd’hui semées avec des variétés porteuses de l’allèle cdu‑1. Cet allele réduit la capacité de la plante à accumuler le cadmium dans les grains.

Des travaux poursuivent cet objectif pour le blé tendre. Pour la pomme de terre, une cartographie des aptitudes des variétés à bioaccumuler le cadmium reste à finaliser.

Quatre autres pratiques agronomiques complètent la stratégie :

  • maintenir un pH du sol proche de la neutralité et raisonner le chaulage selon la méthode Comifer ;
  • fractionner les apports d’engrais quand ils sont nécessaires pour limiter la baisse de pH ;
  • augmenter et conserver un niveau élevé de matière organique ; elle peut complexer et séquestrer le cadmium ;
  • garantir une nutrition équilibrée en oligo‑éléments, notamment en zinc, qui antagonise l’absorption du cadmium.

Que pouvez‑vous attendre et surveiller?

Bonne nouvelle : les céréales et pommes de terre françaises montrent des teneurs faibles et stables. Mais les données de l’Anses rappellent qu’il faut rester vigilant, surtout pour les jeunes enfants.

Si vous suivez l’actualité sanitaire ou si vous travaillez en agriculture, surveillez :

  • les recommandations nationales de surveillance et d’origine des denrées ;
  • les pratiques agricoles locales : pH, chaulage, apports fractionnés et qualité de la matière organique ;
  • les progrès des variétés à faible accumulation, qui feront baisser les risques à la source.

En bref : la situation n’est pas catastrophique aujourd’hui pour le blé et la pomme de terre, mais la prudence reste de mise. Les réductions d’apports phosphatés, la sélection variétale et de bonnes pratiques de sols constituent des leviers concrets pour protéger votre alimentation et la santé des plus jeunes.

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Auteur/autrice

  • Je suis cheffe cuisinière spécialisée en cuisine créole réunionnaise depuis plus de quinze ans. Formée en hôtellerie-restauration puis passée par plusieurs tables bistronomiques à Saint-Denis et ancien chef pâtissier au Ritz lors d’une saison parisienne, j’ai affiné mon approche des produits tropicaux. Ma spécialité est l’association des épices réunionnaises avec des techniques contemporaines pour sublimer carri, rougails et douceurs locales. Je partage ici mon expérience du terrain, mes rencontres avec producteurs et artisans de l’île et mes analyses d’actualités gourmandes pour aider chacun à mieux connaître et cuisiner la gastronomie réunionnaise.

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