Pâques : chez le chocolatier Bonnat, « 90 % de nos ventes sont des moulages restés inchangés depuis deux siècles »

Pâques : chez le chocolatier Bonnat, « 90 % de nos ventes sont des moulages restés inchangés depuis deux siècles »

Savez-vous d’où viennent réellement les œufs que vous cachez ou que vous offrez à Pâques ? Dans les ateliers de la maison Bonnat, la réponse sent le chocolat chaud et le métal ancien. Une visite surprenante qui révèle traditions, chiffres et gestes précis derrière ces petites gourmandises.

Une entrée frappante : l’odeur et la cadence

Dès que vous poussez la porte, l’odeur de cacao vous saisit. C’est intense, presque entêtant. Pas besoin de diffuseur ici. Quatre grandes salles blanches accueillent les machines et les équipes.

Des tapis mécaniques remplissent des plaques. Les formes rappellent la mer : poissons, coquillages. Un responsable parle de la « friture de Pâques ». Cette année, ils approchent les 500 kg de friture en chocolat noir à 65 % et environ 300 kg en chocolat au lait. La demande arrive souvent au dernier instant. Les derniers jours avant Pâques sont frénétiques.

Des moulages inchangés depuis deux siècles

Contre les murs, des étagères portent des moulages en métal. Vous pourriez croire à un musée. La maison explique que 90 % de ses ventes sont des moulages qui n’ont guère changé depuis deux siècles. Les clients cherchent le traditionnel. Ils veulent ces formes familières.

À l’étage, une vitrine montre des moules très anciens. La série dite des sabots date d’il y a près de 178 ans. D’autres moules datent des années 1880. Aujourd’hui, le métal a largement cédé la place au silicone. Pourtant, quelques moules métalliques servent encore pour certaines pièces. Ce mélange d’ancien et de moderne donne une vraie personnalité aux créations.

Personnes, gestes et machines

La production repose sur une équipe attentive. Quarante salariés travaillent pour la maison. Chacun a son rôle. Un torréfacteur surveille les concheuses. Ces machines brassent le cacao. Elles réduisent l’acidité et affinent la texture.

On prépare surtout du chocolat de couverture en cette période. Il sert aux moulages. On produit moins de tablettes grand cru pendant Pâques. La main d’œuvre suit des gestes répétés. Mais ces gestes gardent une part d’enfance. Le torréfacteur confie qu’il retrouve un peu de son propre souvenir de chasse aux œufs en préparant ces pièces.

Des chiffres qui pèsent

Pâques représente une part importante de l’activité. Pour Bonnat, cette période pèse autour de 15 % du chiffre d’affaires. C’est la deuxième saison après Noël. Les ventes directes en boutique augmentent fortement.

Un autre chiffre frappe. Le prix du cacao a été multiplié par six en 18 mois. Cela pèse sur les coûts. La maison indique qu’il est impossible de tout répercuter sur les clients. Malgré la hausse, la production continue et la demande reste forte. En France, les achats de chocolat pour Pâques dépassent les 300 millions d’euros en temps normal. Cette année, l’attrait reste bien présent.

Créativité et tradition : le thème 2026

La maison n’est pas figée. Chaque année, un thème nouveau complète les classiques. En 2026, les créations mettent en scène des poussins pirates. C’est un clin d’œil ludique aux familles qui cherchent des surprises originales.

Les bonbons fourrés sont aussi faits à la main. Des chocolatières démoulent des carrés garnis d’un caramel coulé la veille. Ces petits gestes demandent précision et patience. Ils montrent l’équilibre entre production industrielle et savoir-faire artisanal.

Une chasse aux œufs à l’échelle locale

Le patron organise une grande chasse aux œufs chaque année. Cette édition couvre près de 30 km dans le Pays voironnais. Dix cachettes offrent des moulages à qui les trouve. C’est une manière de relier la production locale à la fête. Les familles participent. Les enfants repartent ravis.

Pourquoi cela compte pour vous

Quand vous achetez un œuf ou une poule, vous prenez plus qu’une gourmandise. Vous soutenez un savoir-faire ancien. Vous payez aussi des matières premières dont le prix fluctue fortement. Comprendre ces coulisses change la façon dont on regarde une papillote ou une friture.

Si vous passez près de Saint‑Étienne‑de‑Crossey, vous pouvez imaginer ces salles blanches, les moules anciens dans leur vitrine, et l’odeur de chocolat qui reste longtemps dans vos vêtements. C’est la magie de Pâques, faite de tradition, de chiffres et d’une vraie passion pour le chocolat.

4/5 - (28 votes)

Auteur/autrice

  • Je suis cheffe cuisinière spécialisée en cuisine créole réunionnaise depuis plus de quinze ans. Formée en hôtellerie-restauration puis passée par plusieurs tables bistronomiques à Saint-Denis et ancien chef pâtissier au Ritz lors d’une saison parisienne, j’ai affiné mon approche des produits tropicaux. Ma spécialité est l’association des épices réunionnaises avec des techniques contemporaines pour sublimer carri, rougails et douceurs locales. Je partage ici mon expérience du terrain, mes rencontres avec producteurs et artisans de l’île et mes analyses d’actualités gourmandes pour aider chacun à mieux connaître et cuisiner la gastronomie réunionnaise.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *